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Marseilles-les-Aubigny - Nos grands hommes

Commandant Roland CHAMPENIER

 

Roland Champenier
(Chemin 1.502 G)
5 mars 1924 – 14 novembre 1944

Article écrit par Dominique Papillon pour le bulletin municipal de 2001.

Dans le bassin de Beffes, durant la deuxième guerre mondiale, un lourd tribut a été payé par les familles de la région. Pour Marseilles-lès-Aubigny, lorsque l’on relate cette période, c’est la famille Champenier qui vient en premier à l’esprit. C’est pourquoi j’ai choisi cette année, de vous présenter la vie de Roland Champenier.

Après la première guerre mondiale, les grands-parents de Roland quittent Saint-Amand-Montrond pour venir s’installer à Marseilles-lès-Aubigny où ils ouvrent un commerce (sur l’actuel Quai Auguste Mahaut). Ils le rendent prospère par la diversité et la qualité des services qu’ils proposent : épicerie, fourrage pour les bêtes, mais aussi une brasserie, une limonaderie …

Par la suite, la succession des grands-parents (François et Léonie) est assurée par Louis et Marguerite, les parents de Roland. La famille Champenier est alors connue et estimée de tous. Roland naît le 5 mars 1924 dans la maison familiale. Durant son enfance, Roland est un garçon à la santé fragile mais néanmoins sportif. Après l’école primaire, il part à l’âge de 13 ans à l’école technique de Vierzon où il passe un CAP qu’il obtient avec succès. Il rêve alors de devenir aviateur.

En juin 1940, il est obligé de revenir chez ses parents pour des vacances quelque peu forcées, dues aux événements nationaux. A cette époque, Roland est encore un jeune citoyen comme tous les autres. La France est coupée en deux par la ligne de démarcation, qui scinde le pays en deux zones : la zone libre et la zone occupée. Cette « frontière », fortement gardée, se trouve à quelques dizaines de kilomètres de Marseilles-lès-Aubigny. Les ponts de la Loire sont eux aussi gardés par des postes allemands. L’ancien camp du génie militaire de Garchizy a été transformé en camp de prisonniers par l’occupant.

C’est à cette période, alors qu’il passe son temps libre à pêcher sur les îles de la Loire, que Roland va commencer son action contre l’occupant en aidant les prisonniers à « passer en zone libre » avec l’aide (en particulier) des mariniers que ses parents connaissent bien. Il met ainsi en place un véritable réseau d’évasion.

En 1941, à l’âge de 17 ans, muni de son CAP, il entre à la SNCAC de Fourchambault. Il est chargé par Georges Carroué (l’interrégional) d’organiser des « groupes de trois ». Il est repéré pour les actions de sabotage qu’il mène. Il doit quitter son emploi.

Il entre alors à l’usine de La Guerche qui fabrique des pièces de chars pour l’Allemagne. Suite aux répressions effectuées dans l’usine avant son arrivée, il réorganise le comité populaire de celle-ci. Il est suspecté de nouveau et quitte l’entreprise. Il se voit confier par Marcel Cherrier, la responsabilité des jeunesses communistes du Cher.

Le 20 septembre 1942, (pour célébrer l’anniversaire de Valmy), une distribution massive de tracts est effectuée. A Marseilles-lès-Aubigny, un drapeau tricolore est hissé en haut de la flèche d’une grue.

Dès lors, l’entrée de Roland Champenier dans l’histoire de la Résistance va prendre toute son ampleur. L’année 1943 est marquée par de nombreuses actions menées par Roland et ses camarades.

C’est après avoir fait évader Georges Roger, tombé dans les mains des gendarmes français et escorté à la gare de Nérondes le vendredi 15 mai 1943, que Roland entre définitivement dans la clandestinité. A cette époque, les îles de la Loire (entre Cher et Nièvre) sont pour Roland et ses camarades des lieux décisifs pour la formation des maquis. Elles sont les points de départ pour les sabotages des voies ferrées et des lignes électriques, destinés à enrayer le fonctionnement de la machine de guerre allemande.

Le 3 juin 1943, Roland et ses camarades prennent possession de 1,5 tonne d’armes provenant d’un parachutage.

Le 12 juillet 1943, après avoir essayé en vain de déboulonner les rails de chemin de fer sous le tunnel de Tendron, Roland et huit de ses hommes décident d’attaquer le train de permissionnaires allemands. L’action est une réussite et les pertes ennemies sont élevées. Deux jours après, les Allemands (environ 2000) sillonnent le pays sans résultats par manque de renseignements. Une seule personne, Daniel François, tombe sous leurs balles en essayant de leur échapper sur les bords de l’Aubois, près du moulin où son père était farinier. Malgré les interdictions, 4000 personnes suivent le cortège sur 8 kms jusqu’à Torteron où Daniel François est enterré.

Le 5 novembre 1943, Roland et ses hommes délivrent sept de leurs camarades, admis à l’hôpital de Nevers, après avoir été affreusement torturés par le S.R.M.A.N., la police de « répression des menées antinationales ».

En février-mars, Roland fait sauter le pont-canal de Marseilles-lès-Aubigny alors qu’il avait reçu l’ordre de faire sauter celui du Guétin, mais il avait jugé que c’était un ouvrage d’art et qu’il serait difficile de le reconstruire. Le but de cette démarche est d’empêcher les bateaux d’emmener le ciment pour le mur de l’Atlantique.

Dès 1944, Roland est plus fréquemment dans la Nièvre où il prend le commandement des maquis.

C’est pendant la bataille de Donzy, le 1er juillet 1944 que Roland met en avant ses qualités de stratège en donnant aux allemands une sacrée « raclée ». Il perdra ce jour-là, son père Louis Champenier tombé sous les balles de l’ennemi ainsi qu’un jeune de Marseilles-lès-Aubigny, Pedro Llave.

Le 20 août 1944, Roland apprend qu’un convoi allemand doit quitter Jouet-sur-l’Aubois et passer par Marseilles-lès-Aubigny. Avec ses camarades, il tend une embuscade au pont du Poids de Fer et attaque les trois camions, deux s’enfuient mais un tombe dans le fossé. Après quelques heures de combat, des renforts du maquis de Feux arrivent. Les Allemands se rendent mais comptent quatre morts. Par précaution et par peur des représailles, après avoir effacé les traces des combats, Roland demande à la population de Marseilles-lès-Aubigny de quitter le village pour la nuit.

Par la suite, le 9 septembre 1944, Roland entre en libérateur à la tête de ses troupes, dans la ville de Nevers libérée.

Le 9 novembre 1944, à côté de Belfort près de Champagne, Roland est grièvement blessé par les éclats d’un obus et est transporté à l’hôpital militaire de Lure où il décède de ses blessures, le 14 novembre 1944, trois jours après sa grand-mère, déportée au camp de concentration de Ravensbrück.

Quel plus bel exemple de patriotisme et d’engagement que celui de la famille Champenier qui, au prix de la vie, a su défendre ses idéaux envers l’occupant. La grand-mère Léonie décédée à Ravensbrück, Louis le père tué à la bataille de Donzy. Maurice, le jeune frère de Roland, qui lui servait d’agent de liaison et interné à l’âge de 13 ans successivement à Bourges, Orléans puis Compiègne. Et le décès de Roland lui-même sur le front d’Alsace.

C’est aux générations présentes et futures de conserver et d’honorer la mémoire de toutes ces personnes qui ont donné leur vie pour la LIBERTE.

A Maurice,

Dominique Papillon

Je tiens à remercier Jeanine Champenier, Léon et Mado Wasik pour les supports qu’ils m’ont fournis pour vous présenter l’histoire de la vie (si courte) de Roland Champenier. 

Une exposition sur Roland CHAMPENIER
(réalisée par Annic Nandrot)
est visible jusque mi-décembre 2015 à la halte repos.
Clés a retirer à la Mairie


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Louis LABUSSIERE

Monsieur Louis LABUSSIERE, Instituteur, Résistant, Mort pour la France.


Article écrit par Gilles Cornette pour le bulletin municipal de 2006, d’après les notes confiées par Monsieur Jacques LABUSSIERE.

Sur les faits de la dernière guerre mondiale, les témoignages directs sont aujourd’hui rares et ceux qui nous parviennent n’en ont que plus de force.

A l’heure ou le spectre de la peste brune envahissait toute l’Europe, où l’horizon des hommes prenait la forme de l’horreur, l’indescriptible horreur où les instincts les plus vils prenaient le pas sur l’honneur, des hommes et des femmes se sont levés. Ils ont su dire non, ont su puiser en eux la force de se surpasser pour atteindre l’héroïsme. Car c’est bien de cela dont il s’agit, des Héros, qui n’ont pas craint de risquer leur vie et celles de leur famille, pour une « certaine idée de l’Humanité ». Chacun a du puiser au plus profond de lui-même, nourri de sa culture ou de sa simple sensibilité, afin de trouver les ressources pour résister à l’insupportable.

Grâce au témoignage de Monsieur Jacques LABUSSIERE, son fils, Marseilles-lès-Aubigny a, aujourd’hui, l’honneur de célébrer la mémoire d’un grand homme, dont l’histoire nous était inconnue. Aux côtés des marseillois qui se sont illustrés dans la Résistance aux occupants nazis, et dont le plus connu est Roland CHAMPENIER, célébré tous les ans, la municipalité va ménager une place légitime à Louis LABUSSIERE, instituteur, nommé à Marseilles-lès-Aubigny fin 1940.

Le 9 mai 1944, devant les enfants de sa classe, il est arrêté par une vingtaine d’agents de la Gestapo de Bourges, sous le commandement du sinistre Paoli qui sera son tortionnaire.

D’un père instituteur et secrétaire de Mairie et d’une mère receveuse des postes, il naît en 1896 à Saint Eloy de Gy (Cher). Son père est un de ces « Hussards noirs de la République » chers à Jules Ferry. En mars 1915, Louis LABUSSIERE obtient le Brevet Supérieur et termine ainsi sa formation à l’Ecole Normale d’Instituteurs de Bourges. La veille de l’anniversaire de ses 19 ans, le 5 avril 1915, il est incorporé au 10ème R.I. Il poursuit alors une formation d’élève Aspirant, successivement à Joinville, puis Saint Cyr l’Ecole.

Puis il entre dans la guerre, la « grande guerre », celle qui devait être la « Der des Ders » et qui a fait des millions de morts. Aspirant, puis Sous-Lieutenant dans plusieurs Régiments d’Infanterie, il combat sur le front de Verdun, aux Forts de Vaux et de Douaumont. Il est blessé à Verdun, en janvier 1917 et subit 3 mois d’hospitalisation. Promu Lieutenant en juin 1918, il continue la guerre jusqu’à sa démobilisation, en septembre 1919.

C’est un homme qui vient de vivre 4 ans de guerre, dans les conditions que l’on sait, qui revient à la vie civile. Nommé instituteur à Mehun sur Yèvre, il y restera 22 ans.

En dépit des épreuves qu’il a traversées et qui ont brisé tant d’hommes et de familles, il s’investit dans le milieu associatif (harmonie municipale, section rugby) et devient le responsable de la section locale de la Ligue Française pour la Défense des Droits de l’Homme et du Citoyen (qui sera dissoute plus tard par le Gouvernement de Vichy). Avant le Congrès de Tours (25 décembre 1920), qui vit la scission entre les futurs Parti Socialiste et Parti Communiste Français, il adhère à la S.F.I.O. (Section Française de l’Internationale Ouvrière).

Il a déjà connu l’horreur des tranchées, a souffert dans sa chair, mais a su se reconstruire et dépense sans compter son énergie, au service des autres. Il s’agit bien, déjà, de la marque d’un grand homme, infatigable militant humaniste qui n’a rien abdiqué de sa foi dans l’homme.

Promu Capitaine de Réserve en 1935, il est rappelé sous les drapeaux en août 1939. Louis Labussière a alors 43 ans.

Mais, bien vite, c’est la débâcle. Il appartient au Service Militaire des Chemins de Fer (S.M.C.F.), à Beaune, et le 23 juin 1940, il assure le passage des derniers trains de soldats qui se replient. Il quitte lui-même la ville alors que les troupes allemandes y font leur entrée. Il est démobilisé le 30 juillet 1940 à Nîmes.

Il reprend son poste à l’école de Mehun sur Yèvre en octobre 1940.

Seulement quelques semaines après, il apprend, par l’Inspection Académique du Cher, son « déplacement d’office », sur ordre du Gouvernement de Pétain, à l’autre bout du département. Il doit prendre la Direction de l’Ecole de Garçons de Marseilles-lès-Aubigny où il enseigne dans la classe du Cours Moyen et du Certificat d’Etudes.

Quel est alors le danger que représente cet homme aux yeux du pouvoir vichyste ?
Son engagement humaniste et associatif en fait-il un suspect ?


L’« Etat Français » est déjà à l’affût des fonctionnaires qui pourraient nuire à la transformation de la société, imposée par l’occupant et opportunément mise en oeuvre par Pétain.

C’est dans notre commune que Louis LABUSSIERE se distinguera encore, car il n’accepte pas l’Armistice de 1940. Nul doute que dès lors, son éthique, son caractère volontaire et son courage lui font saisir les opportunités de résister à l’occupation allemande.

Et c’est naturellement qu’il se rapproche des réseaux qui naissent localement, dès 1942, au sein desquels s’active un autre marseillois célèbre, Roland Champenier. (1)

Voici ce dont témoigne son fils, Jacques, sur ses actions à l’époque :

"Il procède alors à des distributions de tracts, de journaux clandestins, confectionne des "fausses" pièces d’identité pour les résistants. Il reçoit fréquemment et secrètement à son domicile, le commandant Roland CHAMPENIER, alors âgé de moins de 20 ans, (qui bénéficie ainsi des conseils et de l’expérience militaire du capitaine de réserve Labussière) pour programmer les actions et les "coups de force" du maquis "Cher-Nièvre". Louis LABUSSIERE est alors le "père tranquille" qui représente ce maquis aux réunions régionales F.T.P.F. qui se tiennent généralement à Bourges."

C’est le 9 mai 1944, que Louis LABUSSIERE est arrêté. La classe est cernée par la Gestapo. Toute fuite est impossible.

Il voit alors s’approcher un homme qu’il connaît. Il s’agit de l’ancien commis de perception de Mehun sur Yèvre. Recruté par les Allemands, celui-ci porte désormais l’uniforme nazi et se montre particulièrement "actif" et "motivé" par la traque des résistants. Il se nomme Pierre Paoli et son nom résonne encore, de sinistre mémoire, pour les habitants de la région.

Le nom de Louis LABUSSIERE vient d’être cité par un résistant arrêté et torturé par Paoli, le Docteur Piton, de Jouet sur l’Aubois. Ce dernier n’a pu soutenir les souffrances infligées et a donné son nom (2). Pour Paoli, l’occasion est trop belle de réduire à l’impuissance celui dont il connaît la popularité que lui a valu son action publique à Mehun. Le souvenir qu’il a gardé de Louis Labussière ne peut que lui donner à penser qu’il a affaire, là, à un "gros poisson" de la Résistance.

Louis LABUSSIERE est incarcéré dans les locaux de la Gestapo, rue Michel de Bourges (près de La Poste) et Paoli va alors procéder, personnellement, à son interrogatoire en lui infligeant de terribles tortures.

Voici des extraits du récit qu’en fait Louis LABUSSIERE, le 24 novembre 1944 (3) :

(..). Le 11, j’étais descendu dans les caves de la Gestapo, rue Michel de Bourges et la torture commençait.
Le chef français Paoli me fit croire que ma femme était arrêtée et que, si je ne parlais pas, "ce serait elle qui chanterait".
Le 11, je fus battu deux fois au nerf de bœuf. Pour recevoir les coups, je devais me courber sur un banc, les muscles des cuisses et des mollets bien tendus. Je recevais d’abord une trentaine de coups d’un grand nerf de bœuf, ensuite la séance continuait avec un autre instrument, muni d’une boucle à l’extrémité. (…) Quand la séance était finie, j’étais enfermé dans une cellule absolument noire et infecte, sans matelas, sans paillasse, à même le ciment.
Cette cellule avait environ 2 mètres sur 1m50. Dans le fond se trouvait un seau hygiénique absolument plein duquel il était presque impossible de se servir à cause des menottes. Je me roulais donc dans l’ordure répandue dans toute la pièce.
Le 12, j’étais battu 3 fois. Je recevais ce que Paoli appelait "mon petit déjeuner, mon déjeuner et mon dîner".
Le 13, je recevais 4 séances et le 14, une seulement, le matin. Je ne recevais aucune nourriture. (…)
Le 14 à 18 heures, je fus emmené à nouveau à la chambre de torture. Je ne pouvais plus me traîner. Avant de me faire entrer, Paoli me dit : "Je te donne 5 minutes pour me dire tout ce que tu sais; si dans 5 minutes tu n’as rien dit, tu seras fusillé à 3 heures, ta femme le sera à 6 et ton gosse sera envoyé en Allemagne. Devant mon mutisme, au bout d’un moment, il ajouta : "Il te reste deux minutes". (…). Puis, après avoir parlé en allemand et ri avec les boches qui étaient présents et avec sa dactylo, il sortit une glace de sa poche, me la mit sous le nez et me dit : "Regarde ta gueule, tu vois comment on peut mettre un homme en cinq jours, tu n’as pas fini d’en voir". Il ajouta : "Maintenant, sors d’ici, tu nous empoisonnes."
J’étais en effet couvert d’ordure, des pieds à la tête. Il me fit monter en voiture et me reconduisit en cellule. Je ne l’ai heureusement jamais revu.
Pendant ces 5 jours, j’avais reçu certainement plus de 700 coups de nerf de bœuf. (…) Le 23, je partais à Orléans avec une plaie à la fesse gauche de 10 x 10 et une à la fesse droite de 24 x 18. J’avais une nécrose complète des tissus (peau et muscles).
Dans le wagon à bestiaux qui nous emmenait et dans la salle de police de la prison militaire où nous fûmes conduits, mes camarades de détention étaient obligés de se boucher le nez car les chairs avaient pourri sur moi. (…) A cause de la gravité de mes plaies, je fus admis à l’infirmerie (du camp de Compiègne, ndlr) et j’évitai tous les départs pour l’Allemagne.
L’arrivée rapide et un peu inattendue des Américains permit notre libération (…) »

Ce récit en dit long sur l’horreur subie par les hommes et femmes qu’on voulait faire parler.

Libéré, le 23 août 1944, par les troupes américaines, Louis LABUSSIERE témoigne quelques jours après, sur les ondes de la toute nouvelle radio qui remplace « Radio Paris » (4). Louis Labussière est alors le premier prisonnier libéré à donner des informations sur les méthodes utilisées par les nazis.
C’est à l’occasion de cette radiodiffusion que sa femme et son fils apprennent qu’il est vivant.

De retour à Marseilles-lès-Aubigny, physiquement très diminué, il reprend progressivement son poste d’instituteur.

Pendant le procès de « l’affaire Paoli », le juge d’instruction Jean CHAQUET relate les tortures infligées à Louis LABUSSIERE. La presse se fait largement écho du déroulement du procès, relatant de larges passages de son témoignage.

Paoli, condamné à mort par la Cour de Justice du Cher, est fusillé le 15 juin 1946 sous le regard de ses juges, avocats, autorités de police et celui de résistants, dont Louis LABUSSIERE.

Le témoignage de Louis LABUSSIERE est lu lors du procès des grands criminels de guerre devant le tribunal militaire international qui siège à Nuremberg (nov. 1945 à oct. 1946).

En octobre 1945, après 5 années passées à Marseilles-lès-Aubigny, Louis LABUSSIERE est nommé Directeur de l’école de Pignoux (à Bourges), à sa demande, entre autres pour lui permettre de recevoir les soins que son état nécessite. On lui confie alors le poste de Président du Comité d’Epuration du Cher. Il est aussi membre titulaire de la Commission Départementale des Déportés et Internés Résistants.

En 1947 il reçoit la médaille de la Résistance avec rosette et en 1950, il est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur.

C’est en octobre 1951 qu’il prend sa retraite. Moins de 7 ans plus tard, le 15 avril 1958, il décède à l’Hôtel Dieu de Bourges. Il ne s’était jamais complètement remis des traumatismes subis sous la torture de Paoli.

En 1959, le Ministre des Anciens Combattants et Victimes de Guerre décide que, sur son acte de décès, soit portée la mention : « Mort pour la France ».

Louis LABUSSIERE fait partie de ceux, nombreux mais souvent inconnus aujourd’hui, qui ont tout donné, avec abnégation et sans peur de leur propre sacrifice, pour que jamais ne triomphe la barbarie.

A l’heure où j’écris ces lignes, personne n’ignore l’ignominie du régime nazi. Et même si quelques négationnistes crachent encore leur venin quelquefois, j’ose croire que, plus jamais en Europe, une population entière ne pourra se laisser entraîner par un dictateur, si adroit soit-il.

Mais entre 1940 et 1945, les hommes comme Louis LABUSSIERE, Roland CHAMPENIER et ses camarades n’étaient pas si nombreux à résister, et ils tombaient souvent sur dénonciation d’autres français.

Dans ce climat sordide, quel courage leur a-t-il fallu !

Certains pouvaient en plus construire leur engagement sur une « philosophie » personnelle, alimentée par un héritage culturel, familial. Nul doute que dans les périodes de réflexion, de crainte inévitable, l’exemple du « Hussard Noir de la République », son père, éclairait la route de Louis LABUSSIERE.

C’est bien au bénéfice des plus grands principes humains que ces hommes et ces femmes ont gagné.
Ils ont combattu la jalousie, la peur, la cruauté. Ils ont cru en l’intelligence, la bonté, la solidarité. Ils ont cru en l’Homme.

Sachons, aujourd’hui, cultiver l’héritage de ces exemples.

Sommes-nous suffisamment « éveillés », vigilants sur l’état de notre démocratie ?

Sommes-nous capables, aujourd’hui, de discerner les dangers qui nous poussent vers une nouvelle honte ?


Pour terminer cet hommage, laissons la parole à M. René Henry, secrétaire fédéral de la SFIO qui, lors de l’enterrement de Louis LABUSSIERE, déclara dans son discours :

« Malgré les souffrances qu’il avait endurées, jamais je ne l’ai entendu prononcer des paroles de haine envers quiconque (…) Animé d’une volonté farouche, mais en même temps sensible, généreux et dévoué, tel est l’ami que nous pleurons »


Gilles CORNETTE

Merci à M. Jacques LABUSSIERE pour toutes les informations fournies, sans qui cette histoire nous serait inconnue.


(1) Un certificat d’appartenance à la Résistance Intérieure Française, n° 20943, fait état de son entrée officielle au sein du Front National - F.T.P.F (Francs Tireurs et Partisans Français), le 1er novembre 1942. Ce nom n’a bien sûr rien à voir avec le sinistre parti politique que nous connaissons aujourd’hui.

(2) Jamais Louis LABUSSIERE ne lui en tint rigueur. Ils se retrouvèrent à la prison du Bordiot, Bourges, puis à Compiègne où le Dr Piton tenta de soulager ses souffrances. Le Dr Piton fut déporté et ne revint jamais des camps de concentration.

(3) Une copie de cette déclaration, écrite de sa main, nous a été transmise par son fils. Pardon de ne pas avoir pu, pour des raisons techniques, livrer ici ce témoignage dans son intégralité. Le texte complet est consultable au bas de cette page.

(4) Radio Paris fut pendant toute l’occupation, l’organe officiel de la collaboration française (« Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand » pouvait-on entendre sur les ondes de la BBC, sur l’air de « La coucaracha »).

 

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Auguste MAHAUT


Qui était Auguste Mahaut ?

Article écrit par Dominique Papillon pour le bulletin municipal de 1999.

Dans les bulletins municipaux de 1996 et 1997, l’histoire de Marseilles-lès-Aubigny vous a été retracée. La conclusion fut une phrase d’Auguste Mahaut.

Au travers de cette histoire, des hommes ont marqué notre village de leur passage.

Aujourd’hui, par le biais de biographie, nous avons choisi de vous retracer la vie de Monsieur Auguste Mahaut. Le but de cette démarche n’est pas de relater entièrement la vie et l’œuvre de Monsieur Mahaut, des ouvrages sont là pour cela, mais de vous présenter un homme qui a travaillé de tout son cœur et de toute son âme pour que les canaux vivent !

Auguste Mahaut est né à Nérondes en 1842. Dans sa famille, on devenait marinier de père en fils. Son grand-père convoyait, entre autres, entre le nivernais et Nantes, des ancres et des chaînes fabriquées à Cosne-sur-Loire et à Guérigny, pour le compte du Gouvernement. Parmi ses oncles, certains étaient mariniers, installés à Roanne. La famille Mahaut se trouvait à la tête de l’une des plus importantes flottes de Loire.

Durant sa scolarité, il reçut un enseignement « professionnel » et, à 16 ans, il quitte la pension pour rejoindre son père (installé à Orléans dans le négoce de charbon) et naviguer avec lui sur la Loire.

Auguste Mahaut s’est marié en 1864 et s’est associé la même année avec son père. Par la suite, il se retrouve à la tête de l’une des plus grosses entreprises de transport fluvial, basée à Roanne, qui effectue des transports de pyrites. En 1870, Auguste Mahaut doit quitter la Loire car la concurrence avec le chemin de fer devient insupportable pour la batellerie de ce fleuve. A partir de ce moment, les entreprises Mahaut choisissent de diriger leurs activités principales vers les canaux.

Dès lors, Auguste Mahaut entre en croisade dans le mouvement canaliste. De son passé de marinier de Loire, il tire profit de ses connaissances pour mener à bien ses actions en faveur des canaux. Dès 1874, il entre dans le débat sur les canaux et prévient les autorités, aussi bien sur l’état de ceux-ci que sur les améliorations à leur apporter.

En 1876, Auguste Mahaut sensibilise les Députés sur les taxes qui étouffent la navigation. En 1879, il revendique la baisse des dites taxes par le travail qu’il a mené. Sa popularité ne cesse de croître et le surnom « d’Apôtre des canaux » lui est donné par l’Amiral de Cuverville, Ministre de la Marine.

En 1895, à Nantes, un puissant comité, « La Loire navigable » voit le jour. Il a pour but de revaloriser la navigation et le commerce sur ce fleuve. C’est pour Auguste Mahaut le début des hostilités avec ce comité lors d’une conférence donnée à Montluçon en 1898. Il tente de se faire entendre par celui-ci lors de son congrès de Blois en 1899 mais en vain, repoussé par les « loiristes », il trouve un appui auprès de Monsieur Pergeline, Président du Tribunal de Commerce de Nantes et auteur d’une brochure « Inconvénient de la Loire ». Les deux hommes trouvent rapidement (par l ‘émission de lettres, de brochures et par des conférences aux personnalités politiques) de nouveaux soutiens de personnes importantes.

Lors de la session parlementaire de 1900, les Députés ne votent pas l’intégralité du programme soutenu par la société « la Loire navigable » et imposent une zone d’essai. En 1912, après plusieurs années de luttes acharnées des canalistes, il est annoncé, lors du congrès des travaux publics à Paris, que les travaux d’aménagement de la Loire ne sont pas probants. C’est pour Auguste Mahaut et ses amis la première grande victoire.

Lorsque la guerre de 1914-1918 éclate, une trêve s’instaure entre les deux parties. Après la disparition de deux membres du bureau de la société de propagande canaliste, Auguste Mahaut se retrouve seul. Mais cette période d’après guerre est aussi pour lui porteuse de satisfactions. En 1923, un programme pour la construction d’un canal latéral à la Loire entre Orléans et Angers est présenté par le Ministre des Travaux Publics, ainsi qu’un autre comprenant la construction d’un canal de la Loire au Rhône.

Le 1er juin 1925, Auguste Mahaut est honoré par son village, Marseilles-lès-Aubigny, qui lui offre une grande fête pendant laquelle il se voit remettre une plaquette artistique ainsi qu’une brochure afin que lui et son œuvre soient perpétués.

De nos jours, il reste d’Auguste Mahaut, hormis un souvenir inoubliable sur les combats épiques entre les canalistes et loiristes, les cinquante-six brochures (fabuleux témoignage de la vie des mariniers) qu’il a écrites. De ses cinquante années de propagande et de combats, seules ont abouti les réalisations des canaux d’Arles à Marseille et de Combleux à Orléans. Aujourd’hui, nous pouvons nous rendre compte que le combat d’Auguste Mahaut n’a pas eu l’impact et les résultats escomptés et que les transports fluviaux n’ont cessé de décliner pour céder la place aux transports routiers.

Mais demain, l’œuvre de Mahaut, ne pourrait-elle être réhabilitée ?

Et les canaux ne pourraient-ils pas reprendre l’ascendant et l’ampleur qu’ils ont eus jadis ?

L’avenir le décidera….

 

 

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Simon JOUGNEAU

Simon Jougneau dans son atelier


Simon Jougneau : un exceptionnel sabotier d’art.


Article écrit par Dominique Papillon et Laurence Bernus pour le bulletin municipal de 2002.

Monsieur Jougneau est né le 19 avril 1887 à Givardon, dans le Cher.

Etant l’aîné des garçons d’une famille de 13 enfants, c’est avec son père, ouvrier de premier ordre, qu’il apprend les bases du métier de sabotier.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce dernier n’a jamais transmis ses secrets de fabrication à ses fils, tous sabotiers. Voulait-il tout simplement laisser libre cours à leur imagination et à leur créativité, ainsi qu’à leur sens artistique ?

En ce qui concerne Simon, il se prend en charge lui-même en accomplissant son propre Tour de France, en ne s’éloignant pas trop de sa région natale : 4 ans à Fourchambault, 4 ans à Aubigny (Marseilles) et 5 ans à Cours les Barres. Pendant ces treize années, il acquiert des connaissances qui lui permettent de mettre en avant son ingéniosité, son habileté et son talent époustouflants et dépassant quelquefois ses maîtres de stages.

Au terme de cet apprentissage, il ouvre son échoppe en 1916, à Marseilles-lès-Aubigny. La première guerre mondiale éclate et l’oblige à quitter son métier et son atelier pour aller combattre dans l’Est de la France.

A son retour, en 1919, il est élu conseiller municipal socialiste et milite en faveur de l’adhésion à la 3ème Internationale. En décembre 1920, après le congrès de Tours, il devient secrétaire du groupe communiste, puis membre du Conseil Fédéral en 1921.

Parallèlement à cela, il exerce son métier avec passion. Le jour, il fabrique des sabots pour les agriculteurs et les mariniers ; la nuit, il emploie son temps à réaliser de véritables œuvres d’art sculptées dans le bois, des sabots identiques aux plus beaux souliers de cuir travaillé sur lesquels apparaissent tous les détails des dits souliers.

Sa notoriété égale son talent et des personnes n’hésitent pas à venir de loin pour admirer son surprenant chef-d’œuvre, en essayant parfois de lui extirper quelques secrets de fabrication, mais en vain.

Pendant la deuxième guerre mondiale, Simon Jougneau est emprisonné dans un camp à Voves, dans l’Eure-et-Loir. Il doit sa libération à Marcel Plaisant, un de ses anciens camarades d’école.

Il continuera par la suite d’exercer son métier, sabotier d’art, jusqu’en 1967, date à laquelle il accède à une retraite bien méritée.

Tout au long de sa carrière, exemplaire, M. Jougneau n’a fait que confirmer les espoirs de son père en s’exprimant artistiquement et créativement au travers de son métier.

Son tableau d’honneur est impressionnant et éloquent :

- Médaille d’argent à l’exposition d’art technique de 1937 ;
- Mention très bien au concours de Meilleurs Ouvriers de France à l’exposition de Bourges ;
- Diplôme d’honneur, hors concours et félicitations du jury à l’exposition de Vierzon en 1949 ;
- Sacré Meilleur Ouvrier de France avec médaille d’or à l’exposition de Paris en 1949 ;
- Classé hors concours à l’exposition nationale artisanale de Vichy de 1950 ;
- Diplôme d’honneur à l’exposition de Nevers de 1953 ;
- Titulaire de la croix de Chevalier de l’Ordre du Mérite Artisanal ;
- Titulaire de la Croix d’Honneur de l’Education Nationale.

Que rajouter à cela sinon que M. Jougneau a su faire l’alchimie de l’art, de la passion et de la créativité pour aboutir à une œuvre exemplaire et unique dont il a fait don à sa commune, Marseilles-lès-Aubigny

M. Simon Jougneau s’est éteint le 31 juillet 1972 à l’âge de 85 ans en étant toujours membre du Parti Communiste.

Informations recueillies aux Archives Départementales du Cher et tirées des articles de Mrs Pennetier et Bonnet.

La collection de sabots de M. Jougneau est visible au musée de Marseilles-lès-Aubigny, aux heures d’ouverture du secrétariat de Mairie.

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